Réponse aux trolls (partie 2)
Source : Autres : Dernière Mise à jour : 10/12/2015
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Dans cette deuxième partie, je m’efforcerai de revenir sur les points que j’ai soulevés dans mes deux derniers articles « Lendemains d’élections » et « Fin de partie pour les politiciens » pour effacer le flou que les trolls ont voulu instaurer autour de ces questions qui ont tant soulevé leur ire. Mais avant d’en arriver là, je voudrais très rapidement répondre aux accusations fantaisistes qu’ils ont lancées contre moi.

Dans le but évident de me discréditer, ils soutiennent que depuis ma démission de l’UFDG, mon discours a changé et qu’on ne me reconnait plus. Selon eux, ce changement serait dû à mon désir de chercher un poste dans le gouvernement du président Alpha Condé. Et ce serait la raison pour laquelle j’aurais écrit ces deux articles. Soit ! Ils sont libres d’assumer et de penser ce qu’ils veulent ! Ce n’est pas mon problème. Mais je leur répondrai ceci :

Si j’ai démissionné de l’UFDG, c’est parce que je ne suis pas d’accord avec la politique actuellement en cours dans ce parti et je l’ai fait savoir à travers une lettre. Et comme je l’ai déjà mentionné, je n’ai pas pour autant renoncé à mon combat politique. J’ai bel et bien le droit d’exprimer mes points de vue politique comme je le conçois et comme je l’entends ! Où est le problème ?

A propos de ma prétendue volte-face, il faut se poser la question de savoir si c’est moi qui ai changé ou si c’est le parti qui a évolué dans une direction que beaucoup de gens contestent aujourd’hui. A ceux qui sont prompts à condamner et juger hâtivement, je leur dirai que moi, je ne suis pas entré en politique pour les beaux yeux de Pierre ou Paul ou encore pour assouvir les ambitions présidentielles de qui que ce soit. Je suis en politique pour servir le pays et la nation, pour servir la Guinée et les Guinéens. Et j’exprime mon engagement politique dans la défense de certaines causes qui me sont chères : la lutte contre l’arbitraire, le droit à la justice, la lutte contre l’exclusion, la discrimination ethnique et le népotisme, et le combat pour l’amélioration des conditions de vie des populations. Sur ces thèmes là, mon discours n’a pas varié et il ne changera pas ! Et en cela je suis constant depuis 30 ans ! Seuls ceux qui pensent qu’on s’engage en politique pour le grand bonheur d’une personne peuvent imaginer un changement dans mon discours. Oui je fais de la politique, mais ni pour une personne, ni contre une personne ! Cela doit être clair ! Et je suis sur le terrain depuis plus de trente ans ! Et plusieurs des causes pour lesquelles nous nous sommes battus ont connu des dénouements heureux, même si ceux qui sont arrivés hier veulent nous jeter de la poudre aux yeux en voulant minimiser notre combat. Mais il a fallu mettre une pression énorme sur le régime militaire pour qu’il y ait le multipartisme, pour que la Guinée se dote d’une constitution, pour qu’on organise des élections régulières même si elles ne sont pas toujours transparentes, pour qu’on respecte les libertés fondamentales dont la liberté de presse et celle de s’assembler et de manifester. Et il a fallu mettre la pression pour que les militaires se résignent à l’idée que le pays doit être dirigé par un civil en toutes circonstances. Et pour que la Guinée se dote d’institutions fiables même si elles sont encore balbutiantes. Vous croyez que toutes ces libertés là sont tombées du ciel comme cela et qu’on nous les a servies sur un plateau d’argent ? Les gens se sont battus pour tout ça et qu’on veuille le reconnaitre ou pas, j’étais sur tous les fronts et de toutes les batailles. Je ne suis donc pas au service d’un homme ! Oui c’est vrai je fais de la politique, mais je suis avant tout un intellectuel, et un intellectuel engagé. Le drame de la Guinée c’est que les intellectuels ont capitulé devant les politiques qui du haut de leur pupitre impulsent à la nation une course si dangereuse pour sa survie. Je m’excuse si je le dis sans modestie, mais moi ils ne m’impressionnent guère car la plupart d’entre eux m’ont trouvé sur le terrain.

Quant à ceux qui disent que mes récentes publications viseraient à sécuriser un poste dans l’administration guinéenne, je leur rappellerai que je publie des articles sur la Guinée depuis 1984, juste après la fin du régime de M. Sékou Touré. Si telle était uniquement mon ambition, alors j’ai eu amples opportunités pour le faire. Et puis de toutes les façons, je n’ai nullement besoin d’écrire des articles pour impressionner le président Alpha Condé. Je l’ai pratiqué depuis 1990 et il me connait très bien. Il sait tout de moi. Il connait mes parents et ma famille. Il connait mon parcours, mes succès et mes déboires. Et il sait où je vis et même quand je viens en Guinée. Vous croyez que j’ai besoin d’écrire des articles pour attirer son attention ?


Faut-il féliciter le président Alpha Condé et reconnaitre sa légitimité ?

Si mes récents articles ont déchainé la furie des trolls qui ont déversé leurs frustrations sur la place publique (l’espace des commentaires), c’est parce que j’ai suggéré qu’au lendemain des élections, tous les candidats malheureux de l’élection présidentielle devraient en principe féliciter le professeur Alpha Condé qui a été déclaré vainqueur au sortir du scrutin. Les trolls ont crié sur tous les toits, dénonçant une telle action comme étant un sacrilège ! Je note cependant que sur les huit candidats, six l’ont déjà félicité et seraient prêts à assister aux cérémonies de prestation de serment et d’investiture, si l’invitation leur était faite. La suggestion que j’ai faite obéit à une logique car toute démarche, même politique, doit s’inscrire dans une logique. On ne peut pas accepter une partie du théorème et rejeter l’autre partie. On peut dire cela devant les masses profanes mais on ne peut le défendre devant des intellectuels bien avertis. Ceux qui refusent de féliciter le président Alpha Condé et d’assister à sa prestation de serment, sont libres de le faire. C’est la démocratie ! Mais de grâce, qu’ils aillent jusqu’au bout de leur logique. La présidence de la République est une institution nationale et si on ne reconnait pas la légitimité de cette institution et la personne qui l’incarne, alors on devrait le faire sur toute la ligne. On ne peut pas bouder une cérémonie d’une telle importance pour la nation et prétendre siéger demain à l’Assemblée nationale qui a forcément des rapports interactifs avec l’exécutif ! J’aurais été bien impressionné de ce refus de reconnaitre la légitimité du président de la République si cette action était accompagnée d’un retrait total de l’Assemblée nationale. Comme Alpha Condé l’avait fait en son temps lorsqu’il a décidé de ne pas reconnaitre les résultats de l’élection organisée par le général Conté en retirant tous ses députés de l’Assemblée nationale. Voilà une action conséquente ! Que ceux qui s’inscrivent dans le camp du refus agissent en conséquence ! Mais on ne peut pas avoir un pied dans le système et un pied dehors.

C’est pourquoi je dis que ceux qui sont en train de conseiller au chef de file de l’opposition de bouder cette cérémonie sont commettent une grosse erreur. D’autant plus que ce refus de reconnaitre la légitimité du président de la République soulève des questions d’ordre constitutionnel. Oui parce que c’est la légitimité même des contestataires qui sera mise en question. Alpha Condé sera de toutes les façons investi dans ses fonctions et il sera responsabilisé. Il sera universellement et officiellement reconnu comme le président de la République de Guinée. Devant une telle crise de confiance entre les deux camps, le président de la République serait dans son droit de convoquer des élections législatives anticipées pour conforter sa majorité et redistribuer les cartes. On ne peut être député à l’Assemblée nationale et remettre en cause la légitimité des institutions de la République. Cela va de soi surtout que personne n’a été forcé de participer au scrutin présidentiel du 11 octobre 2015.

Politiquement aussi, la décision de bouder la cérémonie d’investiture du président est difficile à comprendre. Aussitôt déclaré vainqueur, Alpha Condé a tendu la main à tout le monde. Il a manifesté sa volonté d’ouverture et d’apaisement du climat politique et social. Il a pris plusieurs initiatives dans ce sens en rencontrant ses opposants, Diallo Sadakadji qui est d’ailleurs retourné en Guinée, Sidya Touré, Bah Oury et Tibou Kamara. Selon certaines sources, il serait meme prêt à déclarer une amnistie pour tous les prisonniers politiques et favoriser le retour des exilés politiques. Pourquoi diantre devrait-on tourner le dos à cette main tendue ? Ne devrait-on pas au contraire l’encourager ? Si le président change de politique et prend des actions pour décrisper la situation, pourquoi rester figé dans ses positions ? Ou est la Realpolitik ? En tout cas, moi ce n’est pas comme ça que je conçois la politique. A ceux qui souffrent de voir Alpha Condé président, moi je dis qu’il est temps de se réconcilier avec ce fait puisque cela fait 5 ans qu’il est au pouvoir et il vient d’être réélu pour un autre mandat de 5 ans encore.

Il faut se poser la question de savoir « Pourquoi pas Alpha Condé » ? En 1990, lorsque nous avons entamé cette longue marche vers la démocratie, il y avait 4 leaders sur la ligne de départ qu’on estimait être des prétendants sérieux pour le pouvoir : M. Siradiou Diallo, M. Alpha Condé, M. Ba Mamadou et M. Jean Marie Doré. Chacun d’entre nous s’est rangé derrière un leader qu’on estimait être proche de notre sensibilité politique. Ce n’est que vers 1999, si mes souvenirs sont exacts, que M. Sidya Touré a rejoint le lot. En cours de route, M. Siradiou Diallo et M. Ba Mamadou nous ont quittés par suite de décès (Paix à leurs âmes). En 2010, après tant d’empoignades, de bousculades, de brisures, de larmes, de sang et tant d’autres sacrifices, c’est M. Alpha Condé qui a réussi à réaliser son rêve de prendre en main les destinées de la Guinée. Quand on a vécu tout cela, pourquoi donc ne pas l’accepter ? Mais il est clair aussi que ceux qui n’ont pas vécu tout cela peuvent avoir une vision erronée des choses. C’est pourquoi je salue la décision de tous ces acteurs politiques qui ont accepté la main tendue du président en vue d’un dialogue franc et sincère pour la paix et la stabilité de la Guinée. Et parmi eux, singulièrement M. Sidya Touré qui est son adversaire le plus ancien. Lui au moins il a l’intelligence de comprendre que la longue rivalité politique avec Alpha Condé est terminée et qu’il faut maintenant regarder droit devant soi. Lui au moins, il a cette finesse d’esprit de réaliser qu’Alpha Condé a atteint tous ses objectifs et qu’il ne sert à rien de poursuivre un homme qui est au sommet de la montagne et qui a déjà entamé sa descente vers l’autre versant.





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