Soufiana Dabo, DGA du Fonds de l’hydraulique : « Le sort des anciens travailleurs n’est pas mon problème»
Source :  : Dernière Mise à jour : 17/12/2015
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Il n’y a pas encore longtemps, la gestion du Fonds de l’hydraulique focalisait l’attention de l’opinion, à cause des soupçons de détournement de plusieurs milliards de francs guinéens, qui avaient été portés à la place publique par la presse. Sans qu’aucune preuve matérielle ne vienne cependant étayée ces accusations. Le personnel de la  direction n’avait pas résisté à ce vent de dénonciation. La nouvelle équipe nommée en remplacement des partants,  compte sortir des sentiers battus, à travers une gestion « saine » des ressources générées par le secteur de l’eau. Soufiana Dabo, directeur général adjoint du Fonds de l’hydraulique donne la nouvelle orientation que s’est fixée la direction de la structure. Sur le sort des anciens travailleurs qui attendent d’être réhabilités, il ne va pas du dos de la cuillère…


 
Bonjour M. Soufiana Dabo. Est-ce qu’on peut savoir le but de votre tournée en Haute Guinée ?

Soufiana Dabo : Le but de notre tournée en Haute Guinée était de rencontrer les autorités administratives, les services techniques déconcentrés et décentralisés. Donc, nous avons échangé avec les différents services pour leur expliquer le but de notre mission, les objectifs de notre travail entamé, et la collaboration avec ces différentes structures sur le terrain. Et le dernier point, c’était de rencontrer les usagers professionnels du secteur de l’eau pour leur expliquer la loi, le fonctionnement de la direction générale du Fonds de l’hydraulique et leurs obligations vis-à-vis de cette direction. Et à défaut les sanctions qu’ils encourent, s’ils refusaient de se mettre en règle vis-à-vis de la loi.

Alors, qu’est-ce qui a été dit concrètement lors de ces échanges avec les autorités?

Nous avons dit aux autorités sur le terrain que nos compétences ne sont pas conflictuelles. Chacun peut intervenir selon ses prérogatives. Lorsque que quelqu’un veut s’installer en tant  qu’opérateur économique évoluant dans le secteur de l’eau de boisson, la première des choses, c’est de se constituer en entreprise, être immatriculé au registre du commerce, avoir un quitus fiscal, faire analyser le produit qui doit être mis sur le marché par le service de contrôle de qualité. Lorsque la personne existe en tant qu’entreprise et produit de l’eau qui doit être vendue, il est normal que la personne demande une autorisation. Donc, qu’elle fasse une demande adressée au ministre de l’Energie et de l’Hydraulique pour avoir un droit d’eau.

Quand vous prenez l’eau, vous payez un prix parce que l’eau appartient à l’Etat. Quand les gens vont comprendre, on verra ceux qui veulent vraiment  se constituer en entreprise ou en société, et qui veulent évoluer dans le secteur. Une fois en règle,  ils n’auront aucun problème. Mais ceux qui veulent évoluer de façon informelle, s’insérer sur ce marché de façon périodique pour lever un peu de fonds puis disparaître, nous ferons tout pour qu’ils disparaissent. Pour que tout le monde soit traité équitablement. Ceux qui veulent travailler correctement, qu’ils fassent correctement pour gagner leur vie, pour que l’Etat aussi gagne.

Qu’en est-il du sort des travailleurs mis à la touche avec l’arrivée de la nouvelle direction ?

Personnellement, je ne me soucie pas du sort des travailleurs qui étaient là. Mon Directeur et moi, nous avons été nommés par décret par le président de la République, alors le sort de ceux qui étaient là n’est pas mon problème. Donc, nous avons trouvé zéro personnel. C’est une nouvelle direction qu’on est en train de rebâtir. Pourquoi ils sont partis ? Ce n’est pas mon affaire.

Quand nous sommes arrivés, il n’y avait rien dans la caisse. Rien, au contraire l’ancien personnel qui a été mis à la touche est parti avec les arriérés de salaire de plus de 6 mois. Donc, nous avons hérité des dettes et zéro ressource. Et dans la loi des finances 2015, il était prévu pour la direction générale du Fonds de l’hydraulique, une ligne budgétaire de crédits de plus 800 millions de francs guinéens. Nous espérions à l’époque que le ministre du Budget et de l’Economie et des Finances auraient pu nous aider pour avoir un fonds de départ. Très malheureusement, du début de l’année à la fin de l’année, nous n’avons pas reçu un seul franc de subvention de la part de l’Etat. Donc, zéro franc de subvention. Devant cette situation on ne peut pas recruter quelqu’un.


En clair, vous voulez dire que l’ancien directeur général qui était là a détourné des fonds ?

Non ! Je n’ai pas dit ça. Je ne sais pas. Je n’ai jamais audité son compte. Je ne sais pas pourquoi il a été remplacé ? Je dis que nous avons hérité des dettes, l’argent est parti où ? Je ne suis pas l’inspecteur d’Etat.

Est-ce que votre structure bénéficie-t-elle de subvention de l’Etat ?

Je viens de le dire. Nous n’avons pas reçu un seul franc en termes de subvention de la part de l’Etat. Donc, zéro franc de subvention.

Depuis que vous êtes aux affaires, avez-vous engrangé des ressources ? Si oui, combien ?

Oui ! Depuis que nous sommes là, nous nous sommes battus avec certaines structures et auprès des établissements légalement installés pour avoir quelques ressources en termes de redevance, mais parfois de pénalité. Aujourd’hui, je ne peux pas dire exactement le montant que nous avons pu récupérer.

Heureusement, avec les montants que nous avons pu recouvrer, nous arrivons aujourd’hui à nous installer dans des locaux propres par rapport à l’ancienne direction. Nous avons pu payer ces arriérés de salaires vis-à-vis des contractuels qui étaient là en grand nombre et d’autres dettes aussi vis-à-vis d’autres fournisseurs. Nous avons pu au moins payer ces différentes dettes et nous assurons le fonctionnement normal de la Direction. Et mieux, les ressources que nous avons recouvrées, nous avons reversé la part qui revient au Trésor Public. Malgré que, de l’autre côté nous n’avons pas reçu un franc de subvention de la part de l’Etat.  Depuis que nous sommes là, personne ne viendra dire que moi j’ai payé ma redevance en espèce. Donc, on a la traçabilité de chaque payement. Certaines sociétés et établissement continuent à payer, et d’autres font encore de la résistance parce que les mauvaises habitudes ont du mal à disparaitre. Et sans compter que nous avons hérité des contentieux  avec certaines structures de la place.


Jusqu’à une période récente, il y a avait moins de 10 sociétés travaillant dans le domaine de l’eau et des mines, qui avaient une licence délivrée par vos services. Qu’en est-il aujourd’hui ?


Je rectifie vos propos. Premièrement, notre service ne délivre pas de licence. Nous ne donnons aucun droit aux gens, ni un titre, ni un permis, ni une concession. Il y a toute une procédure. Mais à partir du moment où la structure a son autorisation, nous, on nous informe. Donc, on envoie  un avis à la structure concernée pour payer les frais pour le permis. Donc, ce n’est pas nous qui donnons l’autorisation, ce n’est pas nous qui calculons la consommation. La direction nationale de l’hydraulique assure la police de l’eau. Il faut que cela soit clair pour tout le monde.

Comment sont fixées les redevances ?

Les redevances sont fixées conformément à la loi L/2005/006/ AN du 04 juillet 2005. Quand vous prélevez l’eau de surface, il y a une redevance à payer en fonction du mètre cube prélevé. Quand vous prenez l’eau souterraine, il y a le montant par mètre cube. Quand vous faites une déviation d’un cours d’eau, il y a le montant pour ça aussi. Mais pour ce qui est de l’eau souterraine, une personne qui est en règle,  qui a fait sa demande, qui a reçu l’autorisation, qui a installé un compteur continu,  pour le moment est de 5 francs pour mille litres. Mais, ce montant-là, la loi dit qu’il est révisable d’année en année. Mais depuis 20 ans, ce montant n’a pas été révisé. Et quand nous sommes arrivés à la tête de cette Direction, nous avions demandé à ce que  ce montant de 5 francs soit révisé, parce que même au niveau de la SEG, on  ne peut pas fixer un prix et que ce prix reste inchangé pendant vingt ans.

Interview réalisée par Moussa Traoré in Le Démocrate, partenaire de guinee7.com





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