Scandale aux Télécoms : Le marché du backbone fait perdre à la Guinée plus de 189 milliards de GNF
Source : Autres : Dernière Mise à jour : 31/01/2013
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Huawai, la chinoise, a été choisie, par appel d’offres, pour réaliser en Guinée le backbone (ou dorsale Internet, est un réseau informatique faisant partie des réseaux longue distance de plus haut débit d'Internet). Mais les conditions de passation de ce marché sont critiquées par de nombreux spécialistes. Surtout que l’équipementier chinois n’était pas le meilleur tant sur le plan technique que financier, selon des spécialistes. Pire, la différence entre les offres de ZTE, une autre entreprise chinoise, pour le même service, et celles de Huawai est de l’ordre de 189 milliards de GNF qui constituent pour la Guinée une perte sèche ! Notre enquête.

Lancer un appel d’offres pour un marché de près de 300 millions de dollars US hors taxes est normal. Que cet appel d’offres se fasse dans les règles de l’art est encore plus qu’une exigence. Cette exigence n’a apparemment pas été la chose la mieux partagée dans l’octroi du projet backbone à Huawai. Selon certains spécialistes le backbone à fibre optique -différent du backbone à câble radio- n’a jamais été réalisé en Guinée. A cet égard, il aurait été judicieux de faire recours à une expertise internationale à travers un bureau d’études mondialement connu. Au lieu de faire élaborer les cahiers de charge de l’appel d’offres par des agents du ministère de la télécommunication. Pis l’évaluation des offres s’est faite en moins d’une semaine. Question : peut-on évaluer sereinement en un temps si court des offres traduites dans des documents qui peuvent difficilement contenir dans un bureau à dimensions normales ? S’interrogent des spécialistes qui se posent d’autres questions dont pour plus de visibilité, les évaluateurs ne devraient-ils pas s’intéresser aux réalisations- dans le domaine du backbone à fibre optique, bien sûr !-déjà faites pas les soumissionnaires ailleurs ? pour tout dire, l’évaluation des offres n’aurait pas suivi l’orthodoxie en la matière.

Huawai, ZTE, Ericsson !

Huawai, ZTE, Ericsson, ont été les principaux soumissionnaires. Après tout, Huawai a gagné le marché qui vaut 238 millions de dollars* HT pour le backbone. La société Ericsson (la seule européenne des trois), arrivée deuxième à l’évaluation aurait été écartée parce qu’elle a proposé un BOT. Cependant, selon nos enquêtes, Ericsson dans ses offres, proposerait 150 millions de dollars à un taux concessionnel -admis par les institutions de Betton Woods (donc ne dépassant pas 2%)-couvert par le BOT. Elle bouclait son financement avec un don de 150 millions de dollars qu’elle aurait eu en faveur de la Guinée. Sans compter qu’elle proposait de construire une université de haute technologie pour le pays.

Le BOT consiste à ce que la société s’engage à financer la réalisation du projet et récupérer son financement après l’exploitation pendant une période fixée de commun accord avec la Guinée. Pendant cette période la société fait un transfert de savoir aux nationaux qui, in fine prendront la relève. A cet avantage, elle ajoutait la construction d’une université de haute technologie. ‘’Ce qui n’a pas un coût, la Guinée allait être la Silicon Valley de l’Afrique de l’Ouest’’, commente un spécialiste.

Une ‘‘page perdue’’ équivaut à près de 189 milliards de GNF !

Un des arguments qui auraient œuvré en faveur de Huawai serait de privilégier une entreprise chinoise pour avoir le financement de l’empire du Milieu. Soit. Seulement voilà. ZTE, une autre entreprise chinoise était soumissionnaire et moins ‘‘disante’’ : 210 millions de dollars ! Elle aurait été écartée parce qu’elle n’aurait pas été en mesure de certifier le montant total de son offre financière qui devait se faire sur une page non retrouvée à l’ouverture des plis, dit-on. D’après une source proche de ZTE, la société n’aurait pas été convoquée par la commission pour donner cette page. Une autre source indique d’ailleurs que cette page aurait été volontairement soustraite. Question : pourquoi n’a-t-on pas fait appel à ZTE pour qu’elle fournisse la page manquante de son offre ? En ne le faisant pas la Guinée perd près de 27 millions de dollars soit près de 189 milliards de GNF (c’est la différence entre l’offre de ZTE et celle de Huawai). Pour donner une idée du gâchis, au cours de l’année 2013, le gouvernement envisage d’acheter une centrale électrique de 100 MW qui coute 117 milliards ; la réhabilitation de la route Mamou-Dabola-Kouroussa coute 100 milliards 250 millions ; la réhabilitation, l’extension et l’équipement de l’hôpital Donka coutent 50 milliards de GNF ! Les exemples de grands projets qui coutent moins de 189 milliards jetés par la fenêtre, on peut les citer à l’infini.

On ne cessera jamais de demander pourquoi a-t-on préféré de perdre tout cet argent en préférant une entreprise chinoise plus couteuse au détriment d’une autre moins couteuse ? Chinoiserie pour chinoiserie, ne devrait-on pas préféré la moins ‘‘disante’’ ?

Huawai par ici, Huawai, par-là

Huawai est bien cotée au ministère des Télécoms. Elle bénéficie du marché de rééquipement de la Sotelgui (50 millions de dollars financés par Exim Bank), c’est aussi elle qui bénéficie du projet de Backbone (238 millions de dollars). Le hic est que de l’avis de nombreux techniciens, les équipements qui sont aujourd’hui cap out à la Sotelgui livrés nettement après ceux de Alcatel sont tous ou presque les équipements Huawai. Par ailleurs, cette société est bien celle qui a bénéficié de la réalisation du E-Gouvernement (cout : 9 millions de dollars). Commencé il y a plusieurs années, le E-Gouvernement ne fonctionne toujours pas à la satisfaction de la Guinée ! Alors questions : pourquoi s’obstine-t-on à donner tous les marchés importants des Télécom à une entreprise qui peine à montrer ses capacités, en tout cas en Guinée ?

Pour trouver les réponses à toutes ces questions, nous avons essayé de rencontrer Oyé Guilavogui, le ministre des postes et télécommunications, ‘‘seul capable de répondre à nos questions’’ nous a indiqué un cadre de son département. Mais le ministre, qu’un site internet a qualifié de ‘’volontariste mais incompétent’’ semblait nous tourner en bourrique. Que cache Oyé ? C’est ce que nous chercherons à trouver dans nos prochaines éditions.

Ibrahima S. Traoré

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